Une sacrée soirée

Edito : Une Sacrée histoire

C’est une expression que l’on a pu tous utiliser à l’occasion, n’est-ce pas ? Pour une soirée  riche en surprises, ou au contraire fatigante, voilà le terme que l’on emploie : sacré. On constate que l’on est loin du sens premier de ce mot ! Aucun rapport avec la religion ou avec Dieu,  on évoque juste quelque chose d’extraordinaire.

Si je dis que « la sieste du Dimanche est sacrée », plusieurs seront d’accord avec moi, surtout chez les frères (!);  vous serez d’accord également que le sens du mot sacré n’est pas encore adapté. On l’emploie ici pour dire que la sieste est primordiale, qu’elle passe avant toute autre chose. Mais on est encore loin de la foi et du divin.
On parle de musique sacrée pour évoquer la musique classique destinée à la liturgie catholique (le Messie de Haendel ou l’Ave Maria de Gounot, par exemple), et ici bien sûr, le mot est bien employé ; en revanche, l’emploi en est totalement figé : la sacré est reconnu comme tel depuis des siècles, il est lié à l’église, et à une musique qui aujourd’hui paraît belle mais très codifiée, peu populaire.
Bref, le sacré au XXIè siècle est soit galvaudé, soit caricaturé, soit enfin rangé dans une case très précise qui le rend à peu près inutile dans notre société.

Pourtant, la place occupée jadis par le sacré n’est pas resté vacante : en France aujourd’hui, plusieurs valeurs sont désormais essentielles, adoptées par tous, inattaquables.
Les loisirs, c’est sacré. J’ai travaillé x semaines, j’ai droit à ma semaine de congé ; et souvent, elle est effectivement bien méritée. J’ai travaillé mes huit heures, j’ai le droit de me détendre devant un bon film… sauf si mon conjoint, qui a aussi le droit de se détendre, préfère une autre chaîne…
Les droits de l’homme, c’est sacré, surtout dans notre pays qui en est la patrie. Et parmi eux, la « sacro-sainte » liberté est en première position : interdit d’interdire, disait-on en mai 68. Tant que je n’empiète pas sur votre liberté, je suis libre de faire tout ce que je veux ; au nom de quoi d’ailleurs, oserait-on m’interdire quoique ce soit ?
Le sacré existe bien pour le français moyen ; mais Dieu en est totalement exclu, et l’individu a pris sa place.

Et si notre rôle, chrétiens d’aujourd’hui, était de donner corps et vie à ce mot ?

Si je prie avant le repas, le repas est sacré.
Si je bénis mon enfant avant qu’il dorme, sa nuit est sacrée.
Quand on se rassemble au nom du Seigneur chez l’un ou chez l’autre, ce lieu devient sacré.
Et si j’invoque le nom du Seigneur Jésus au début d’une réunion, alors son Esprit dirige la réunion, et la rend infiniment différente d’une simple réunion amicale :  les anges nous entourent alors et nous protègent ; chacun peut manifester les dons de l’Esprit ; les discussions mêmes seront conduites pour le bien commun, avec une sagesse qui vient d’En-haut.

« Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » , dit Jésus en Matthieu 18 v.20.

En tant qu’ambassadeurs du Christ, portons fièrement ses couleurs au travail ou en famille, et rendons sacré chaque instant.

Philippe Allerat